Android va devenir une plateforme fermée

Menace sur Android: Google veut verrouiller nos téléphones

Android-Smartphone (Unsplash)

En verrouillant l’accès aux applications, Google cherche à transformer Android, historiquement ouvert, en une plateforme sous contrôle strict, tout en renforçant encore davantage un pouvoir déjà excessif. Cette dérive met en péril le logiciel libre, les alternatives indépendantes et les libertés d’usage sur nos téléphones. Elle fait peser un risque sérieux sur nos services numériques et la souveraineté de la Suisse. Société Numérique lance une contre-offensive.

La plateforme Android, utilisée sur des milliards de téléphones dans le monde entier, s’est historiquement construite sur une réputation d’ouverture. Son code source est ouvert, et chacun peut développer des applications et les distribuer librement, que ce soit via le Play Store ou par l’intermédiaire de magasins alternatifs comme F-Droid, actifs depuis de nombreuses années. Mais par une décision unilatérale, Google menace aujourd’hui cette ouverture, soulevant de sérieuses questions de souveraineté numérique et de libre concurrence.

Présentée comme une mesure de sécurité, il s’agit de l’introduction d’une vérification obligatoire et centralisée, par Google, de l’identité de tous les développeurs d’applications. Ainsi, seules les applications validées par Google pourraient être installées sur des téléphones Android, quelle que soit la méthode d’installation. Google se placerait ainsi en position de décider quelles applications peuvent être installées sur nos téléphones et d’imposer ses décisions. Les magasins d’applications alternatifs seraient directement affectés, tout comme les petits développeurs et les solutions sur mesure, pour lesquels il deviendrait impossible de distribuer des applications sans l’accord préalable de Google.

Risque pour la souveraineté des États

Le risque pour la souveraineté des États est manifeste. Google disposerait de la capacité d’interdire unilatéralement l’installation d’applications développées, par exemple, par des États pour répondre à des besoins nationaux spécifiques comme des applications liées aux services publics, à l’identification, ou à des besoins locaux particuliers. Si, d’un point de vue économique, cette évolution va à l’encontre des principes de libre concurrence, dans le contexte géopolitique actuel, le danger de se voir refuser des actions relevant des affaires intérieures, non pour des raisons juridiques mais en fonction d’intérêts économiques ou politiques, doit être pris très au sérieux. 

Dans le contexte Européen, cette décision va à l’encontre de l’esprit du Digital Markets Act (DMA), conçu précisément pour empêcher qu’un acteur dominant ne contrôle seul l’accès à un marché. En Suisse, la LMETA impose aux administrations publiques de privilégier le code source ouvert. La centralisation du contrôle des applications Android pourrait ainsi mettre en danger des applications publiques conformes au droit suisse ou européen et compromettre des politiques numériques existantes et futures. Enfin, cette décision constituerait un frein majeur au développement du logiciel libre sur Android et renforcerait encore l’orientation commerciale de la plateforme. 

Engagée de longue date en faveur d’une informatique ouverte, respectueuse de l’autodétermination et de la vie privée, Société Numérique se mobilise: Nous ne devons pas laisser passer une telle violation de nos droits fondamentaux et de notre capacité collective à décider de nos outils numériques. Société Numérique a déjà signé une lettre ouverte internationale adressée à Google, va prendre contact avec la Commission de la concurrence suisse et invite les citoyennes et citoyens, les développeur·euse·s, les organisations et les administrations à faire de même. Une liste plus longue d’actions possibles est disponible sur https://keepandroidopen.org/fr/.